INTERVIEW DU JOUR

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11
Oct

[INTERVIEW] Florian Bercault à Bordeaux FinTech !

Photo_FlorianBercault_LinkedinPouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Diplômé de Sciences Po et HEC Paris, j’ai débuté ma vie professionnelle chez une plateforme d’investissement participatif incubée par ENGIE. Ce passage par la finance numérique et inclusive m’a poussé à co-développer des nouvelles méthodes d’évaluation des entreprises, et notamment des startups, au service des investisseurs. C’est pourquoi j’ai co-fondé Estimeo, une plateforme de notation automatique de startups.
En parallèle, j’ai enseigné à Sciences Po un module sur la “social finance” et enseigne à l’École internationale des sciences du traitement de l’information (EISTI) un module sur l’économie et la gestion des risques.
Multi-engagé, je suis vice-président du Club des Jeunes Dirigeants Financiers rattaché au Centre des Professions Financières, membre de l’Advisory Board d’Orange Business Services, vice-président des Franco-British Connections et membre du comité de rédaction de la revue de gestion des risques Préventique.

Comment définiriez-vous l’écosystème FinTech ?

L’écosystème Fintech, en France et en Europe, est très dynamique et accompagné par des sources de financements importantes. Il suffit d’observer les levées de fonds records des Fintechs et le nombre de fonds d’investissement dédiées aux Fintechs créés ces dernières années. Ce fleurissement des innovations financières est le fruit de la conjonction d’évolutions réglementaires, d’innovations technologiques, de fonds de capitaux risques disponibles et d’un changement culturel entrepreneurial.
Analysons la courte histoire du mouvement FinTech pour bien comprendre les dynamiques à l’œuvre. Les premières FinTechs se sont construites sur des valeurs fortes de transparence, d’inclusion ou encore d’accessibilité financière. Cette volonté de bousculer frontalement le monde financier établi était permise par les nouvelles technologies porteuses, elles-mêmes, d’une « révolution » du système financier. Or, cette Révolution n’a pas eu lieu. L’idéal de rupture avec un système financier ancien s’est éloigné au fur et à mesure que les Fintechs se sont financiarisées et ont remonté la chaîne de valeur financière.
Pour illustrer cette mutation des Fintechs, prenons l’exemple du crowdfunding. Les premières plateformes américaines étaient des plateformes de financement participatif par le don avec ou sans contrepartie. Dans un second temps seulement, sont apparues les plateformes de crowdlending et de crowdequity. Aujourd’hui, en France, cette désintermédiation financière s’ouvre à des produits financiers de plus en plus complexes tels que les obligations convertibles et à des secteurs peu innovants comme l’immobilier.
Et demain, quel avenir pour les FinTechs ? Seront-elles des compétitrices autonomes vis-à-vis des acteurs traditionnels, des partenaires ou au contraire ont-elles vocation à être absorbées par ces acteurs financiers historiques ? La réglementation continuera-t-elle à être favorables aux innovations financières portées par ces startups malgré les potentiels risques sécuritaires et systémiques ? Difficile à dire alors que plusieurs tendances se dessinent. Quoi qu’il en soit, les Fintechs poussent les grands acteurs financiers établis à accélérer leur transformation numérique pour augmenter leur proposition de valeur.

Quelles sont les innovations majeures en 2017 liées à la FinTech ?

Les innovations financières sont aujourd’hui nombreuses avec chaque jour de nouvelles créations de Fintech. Cependant, il est important de rappeler que le passage d’une invention à une innovation -une innovation étant une invention qui rencontre son marché- ne se fait pas en un jour. Cette temporalité est bien importante à avoir en tête. Il convient donc de se prémunir face aux « hypes » annoncées telles que celles de l’intelligence artificielle, de la blockchain ou des bots. D’une part les innovations de rupture n’arrivent pas tous les jours et d’autre part elles prennent souvent du temps à être adoptées.
Je vous invite à suivre les synergies à venir entre les Fintechs et leurs consœurs issues de la Legaltech, de la RegTech ou de l’InsurTech. Des rapprochements, créateurs de valeur, seront effectués dans les années à venir.
Enfin, pour bien comprendre l’impact réel des Fintechs sur le monde financier, rien de mieux que de suivre la « traction » réelle des Fintechs et donc leurs indicateurs de performance à savoir le nombre de clients, le montant du chiffre d’affaires ou encore les parts de marché acquises. Loin des levées de fonds records de ces FinTechs, j’attire également l’attention sur leurs indicateurs concrets de croissance à court, moyen et long terme.

Comment intégrez-vous l’innovation dans votre stratégie d’entreprise ?

Estimeo, en tant que FinTech, a l’innovation dans son ADN. Et finalement, l’innovation n’est pas un élément qu’on peut intégrer. Ce n’est pas une brique en plus qu’on ajoute à son produit ou service pour apporter de la valeur. C’est bien plus complexe car l’innovation fait partie intégrante de l’offre qui évolue en permanence. L’histoire le démontre : de la location de coffre forts au paiement instantané multidevise via son smartphone, le monde financier a su innover dans le temps.

Quels conseils pourriez-vous nous donner pour innover au quotidien ?

Innover au quotidien, c’est apprendre à être résilient, c’est-à-dire être résistant aux chocs. Cela passe par un cheminement intellectuel itératif d’apprentissage et de transformation permanente.
L’innovation ne se décrète pas. C’est une évolution, un état transitoire permanent et sans fin. L’amélioration de la proposition de valeur est en perpétuelle mutation. Ce sont ces adaptations que l’on appelle « innovation ».

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